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Opinion franche et visage d’ange

Source : Geneviève Bouchard, Le Soleil

Amélie Veille se dissocie des comparaisons avec Lynda Lemay

De part et d’autre de l’Atlantique, on la compare à Lynda Lemay. Si elle a longtemps accepté l’analogie, Amélie Veille commence maintenant à en avoir soupé. « En show, on voit clairement la différence ! » laisse-t-elle tomber pour toute explication.

Pourtant, l’auteure-compositrice-interprète comprend qu’on puisse faire le rapprochement. « Au niveau vocal, on se ressemble sur certains accents. On raconte aussi toutes les deux des anecdotes et on utilise beaucoup la guitare sèche... Mais je pense que nos musiques vont plus loin que ces simples éléments. Je respecte beaucoup la manière dont elle gère sa carrière, mais nos univers sont vraiment différents ! »


Voilà ! La mise au point faite, Amélie Veille peut retrouver un sourire qu’elle n’avait d’ailleurs jamais vraiment perdu. C’est que la jeune artiste a de quoi se réjouir. Paru il y a un peu plus d’un an, son premier album s’apprête à s’envoler vers la France.

« Le disque devrait sortir en mars, a-t-elle confié au SOLEIL. On va peut-être retoucher un peu le mixage parce que les Français ne mixent pas comme nous, mais pour le reste, ce sera les mêmes chansons. »

L’Europe francophone a eu l’occasion de faire la connaissance d’Amélie Veille pendant les derniers mois, qui ont porté la jeune femme originaire de la Beauce de l’autre côté de l’océan. Elle a chanté ses textes doux-amers à Montauban et en Suisse, où elle a remporté les honneurs du festival Pully à l’heure du Québec dans la catégorie interprète féminine.

À 23 ans, elle se dit de plus en plus à l’aise avec son public grandissant et ne manque pas de remarquer les différentes personnalités des spectateurs d’outre-mer. « Les Français sont très attentifs, a-t-elle décrit. C’est difficile de les faire participer, de les faire taper dans leurs mains. »

Même essence
Toute menue derrière sa guitare, elle retournera sous peu dans les vieux pays pour séduire nos cousins lors d’une tournée de promotion. Entre- temps, elle renouera avec ses premières amours en montant sur les planches du Petit Champlain ce soir.

« Dans l’ensemble, le spectacle garde l’essence de l’album, mais je dirais que ça sonne plus rock, moins mélancolique. Je pense que mes facettes sont plus mises en valeur. »

Pour ce premier spectacle, Amélie s’est entourée de solides collaborateurs : François Léveillé à la mise en scène et Toyo à la direction musicale. « Il fait un travail tout en nuances, très subtil... », laisse-t-elle entendre à propos de ce dernier.

Aux spectateurs de Québec, Amélie promet quelques reprises de chansons... Mais pas question d’en dire plus. « C’est une surprise ! lance-t-elle les yeux brillants. Une chose est sûre, tout sera en français. »

Et celle qui est dotée d’une inébranlable discipline d’écriture — elle écrit tous les jours depuis son plus jeune âge — mijote aussi quelques nouveautés. « Je veux présenter un show actuel et dynamique. Certaines chansons de l’album ont été écrites à une époque où je me sentais différente. Sur scène, je veux représenter qui je suis aujourd’hui. »

Journal intime
À la sortie de son premier album, Amélie Veille en avait surpris plus d’un par la profondeur de ses textes. À l’ère de la télé-réalité, plusieurs ont vu cette créatrice qui se fout bien des modes comme la juste réponse aux stars préfabriquées.

Fan de Desjardins et de Brel, la jeune auteure-compositrice-interprète soigne ses chansons, tant sur la forme que sur le fond. Depuis ses 11 ans, elle gratte la guitare et répand quotidiennement ses états d’âme dans un journal intime, dont elle livre des extraits dans son site Internet (www.amelieveille. com). De quoi puiser l’inspiration pour regarnir régulièrement son répertoire.

« C’est certain que mes textes proviennent de mon vécu, mais aussi des gens qui m’entourent, de ce qu’ils racontent. J’essaie d’aborder des thèmes très humains », précise Amélie.

Difficile, en voyant son visage rayonnant de se représenter l’amoureuse étouffée de la chanson Les Nuages, où la jeune femme qui souffre de l’absence de son père de La Main sur le carreau, l’une de ses premières compositions. Pourtant, Amélie admet la part autobiographique de cette chanson qui prend une toute autre dimension, maintenant qu’elle se retrouve dans le domaine public.

« Je l’ai écrite quand j’étais ado et c’est le reflet de mes sentiments à cette époque. J’en ai un parlé avec mon père en superficie, mais pas en profondeur... », évoque-t-elle timidement.

Difficile aussi de retrouver la dureté d’une jeunesse désabusée dans la voix douce de la chanteuse. Pourtant, le sujet est cher aux yeux de celle qui porte parfois un regard tranchant sur le monde actuel.

« Je suis d’une génération un peu déracinée, qui ne sait pas trop où se pitcher, déplore-t-elle. Je ne veux pas faire de reproches, mais on n’a pas eu de valeurs familiales très solides. De nos jours, il y a plus de possibilités de communication que jamais, mais on ne s’en sert pas. On compense par la consommation... »

Une opinion franche et un visage d’ange... De quoi imposer son nom et faire taire les adeptes de comparaisons !