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Sur la route

le 20 avril 2007

J'ai passé le mois d'avril sur la route...  

Ça me rend heureuse.   

Sur la route, je me sens libre, entière à chaque instant qui passe.  Je me sens vivre intensément, de tout mon être.  Comme si toutes les Amélie qui dormaient en moi se réveillaient en même temps pour danser autour d'un feu.   

On passe de longues heures dans le camion.  Les gars sont plutôt faciles à vivre.  L'un dort, un autre travaille, un autre regarde ses sempiternels épisodes de je ne sais plus quelle série en DVD.  L'un conduit, un autre écoute de la musique, un autre me raconte des anecdotes de tournée croustillantes.  Moi, je ris, je jase, je lis, je regarde le paysage.    On arrive tout raqué à destination.  On a l'estomac à l'envers à force de manger dans les restos et de rester assis dans le véhicule. 

Je prends du temps pour moi pendant que les gars s'installent.  Je marche dans la ville à la recherche d'une librairie ou d'une boutique de babioles aux couleurs attrayantes.  Je vais à l'hôtel pour prendre une douche et, pourquoi pas, pratiquer quelques postures de yoga pour me délier le corps.   

Quand j'arrive pour le soundcheck, tout est prêt pour moi.  S' il y a eu quelque difficulté technique ou pépin que ce soit, je ne m'en rends pratiquement pas compte...  Je saisis ma guitare, on fait quelques chansons, on s'amuse à changer les paroles de mes tunes qui deviennent parfois des ramassis d'énormités.  C'est très drôle.  Je suis un petit oiseau joyeux.     

On va manger.  Autour de la table, on discute de musique, de politique, de n'importe quoi.  On s'écoute, on se relance, on s'anime, jusqu'à ce qu' un des gars lance l'absurde joke finale qui fait chuter la discussion dans un éclat de rire.  Je m'étouffe dans mon verre d'eau.  Je ne voudrais pas être ailleurs.  

Je m'enferme dans ma loge.  Je me maquille.  Je lisse mes cheveux.  J'enfile ma tenue de scène.  je m'étire.  Je m'arrête un moment pour faire le vide dans ma tête.  Parce que c'est pas super de chanter en réfléchissant à ce que je pourrais bien offrir à mon amie pour sa fête, ou au rendez-vous chez le garagiste qu'il faudrait prendre pour la semaine prochaine.  Alors je respire et je fais taire le tourbillon de mes pensées.   

Je m'assois avec les gars.  Je ris pour rien.  Je ris toujours pour rien avant un show.  C'est mon diaphragme qui s'amuse, à ce qu'il paraît.    Et puis on monte sur scène. Ma plus grande joie.     

****  

Les nuits sont courtes.  Rarement plus de six heures de sommeil.  Je suis crevée.    Hier, en revenant de Rimouski, je sentais des petits clous dans ma gorge, des noeuds dans mes reins, des fourmis dans mes pieds...et j'avais hâte de retrouver mon lit, c'est sûr. Mais je me disais en même temps que cette vie-là est formidable, et je souhaitais de tout mon être que le voyage se poursuive pour longtemps encore.   

Je vous ai déjà dit que j'avais sans doute été nomade dans une autre vie.  Ou alors s'agit-il du sang de mes ancêtres qui coule encore dans mes veines...  Les Abénakis, peut-être...     Ou c'est simplement mon âge, ou ma personnalité.  Je suis curieuse.  Je veux aller voir.  J'ai un peu peur du quotidien, pour être franche.   

Toujours est-il que, sur la route comme sur scène, je me sens vivante.   

Merci à toute mon équipe, de même qu'à vous qui êtes venus me voir à l'Espace Dell'Arte (deux merveilleuses soirées), sur la Côte-Nord, à Rimouski ou ailleurs...  

Amélie